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La vraie nature de l’Agilité

Cela faisait un moment que je souhaitais écrire cet article. A l’occasion d’un épisode de Scrum Life qui, une nouvelle fois, m’a fait réagir (merci à Jean-Pierre Lambert), j’ai enfin trouvé la motivation de mettre mes idées par écrit.

Ce que je vous propose ici, c’est de revenir sur plusieurs notions qui ont tendance à régulièrement se mélanger dans les esprits, pour en expliquer les liens et différences fondamentales. J’espère qu’à l’issue de votre lecture, vous emporterez avec vous la conviction de ce qu’est la vraie nature de l’Agilité ! Je vous souhaite une bonne lecture et attends avec intérêt vos réactions.

C’est quoi la définition de l’agilité ?

Vous êtes-vous déjà demandé quelle était la définition de l’agilité ? Moi oui. J’ai tapé ce mot dans un moteur de recherche et je suis tombé tout naturellement sur des définitions provenant de divers dictionnaires. En un quart de seconde j’avais ma réponse : la définition de l’agilité n’attendait que d’être lue !

Voici la définition qu’en donne le dictionnaire Larousse :

Légèreté, souplesse dans les mouvements du corps : l’agilité d’un acrobate, des doigts d’un pianiste.

Si vous voulez une définition de l’Agilité, elle est dans le dico !

Voici une autre définition, provenant du dictionnaire Le Littré:

Agilité : Du latin agilitas, légèreté dans les mouvements

Agile: Du latin agilitas, qui a facilité à agir, à se mouvoir, dispos, léger, souple.

Ce qui caractérise l’agilité est donc la capacité à se mouvoir avec aisance. On ne parle pas de vitesse ! Alors certes, ce que l’on vise quelquefois dans le monde du travail, en se rendant plus agiles, c’est effectivement la prise de vitesse. Mais il faut bien comprendre que la vitesse est un gain potentiel de l’agilité, et non une de ses caractéristiques.

Le paresseux, animal agile

A titre d’exemple, le paresseux est un animal lent, mais il est aussi un excellent acrobate et il est très agile !

Une fois l’amalgame de la vitesse éliminé, on comprend mieux pourquoi les frameworks “agiles” s’appelaient à l’origine “légers” (c.f. l’Histoire du manifeste) !

Du coup, la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire “chacun a sa définition de l’Agilité”, vous pourrez répondre: “chacun peut s’en faire sa représentation, mais la définition est dans le dico ! :)”

Petite parenthèse pour les plus philosophes

Ce qui est intéressant, c’est de noter que l’Agilité est un moyen d’acquérir la capacité de s’adapter aux situations changeantes, en aucun cas un objectif.

Devenir agile(s) ne peut donc pas être un but en soi.

Que fait-on de l’expression “l’Agile”?

C’est un cheval de bataille à part entière, mais il me semble essentiel de rappeler que le terme “agile” est un adjectif et pas un nom. Utiliser “l’Agile” est un non-sens. Je crois qu’en la matière, pour vous en convaincre, il n’y a pas mieux que Dave Thomas, dans son excellente conférence “Agile is Dead”. A bon nombre de titres, je vous encourage à voir ou à revoir cette dernière, car elle remet vraiment les idées en place sur l’Agilité :

Agile is Dead — Dave Thomas

A chacun, désormais, de faire la distinction entre l’Agilité, que l’on pourrait associer à une qualité, et par extension au mouvement en faveur de cette qualité (d’où la majuscule) et agile, qui est un état (et qui n’a donc pas le droit à sa majuscule).

Quel lien avec le Manifeste pour le développement agile de logiciel ?

C’est tout simple, en réalité, une fois qu’on a remis les choses en ordre. Les signataires du Manifeste se sont mis d’accord sur la manière qui, selon eux, était la plus propice pour acquérir de l’agilité dans les activités de développement logiciel.

En effet, il est plus facile de se mouvoir avec aisance, lorsqu’on met en œuvre les valeurs et les principes proposés. Cela ne veut pas dire que ce sont les seuls, ni que ce sont les meilleurs. C’est la proposition des signataires, à laquelle — je rappelle que c’est le principe d’un manifeste — chacun est libre d’adhérer ou non.

Bien évidemment, l’appellation “Manifeste Agile” est à bannir de nos discours, puisque ce n’est qu’un mauvais raccourci, sans doute suscité par le choix malheureux de l’url du manifeste : agilemanifesto.org.

Seconde parenthèse pour les plus philosophes

Ériger le Manifeste pour le développement agile de logiciel comme “table de la loi” est même dangereux, dans le sens où l’on substitue le moyen (le manifeste) d’acquérir le moyen (l’agilité) d’atteindre l’objectif (la capacité de s’adapter aux situations mouvantes) à l’objectif lui-même.

Amalgamer l’Agilité et le Manifeste pour le développement agile de logiciel est donc préjudiciable à la fois au discours (il ne favorise pas la clarté) et à la démarche, je ne peux que vous encourager à bien distinguer les deux !

Quel lien avec les frameworks tels que XP ou Scrum ?

Maintenant que l’on a explicité les notions précédentes, que peut-on dire des framemorks (cadres de travail, en français) dits “Agiles” ?

Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une proposition de mise en place d’un cadre de travail (ce qui est, par définition, bien plus large qu‘une méthode puisqu’un cadre de travail va jusqu’à établir des valeurs et principes communs), favorisant la légèreté dans les mouvements.

Les plus avertis le savent déjà, mais il n’est pas inutile de le rappeler : les cadres de travail tels que eXtreme Programming, Scrum et Kanban sont apparus bien avant la publication du Manifeste pour le développement agile de logiciels.

Le fait que ces frameworks respectent les préceptes cités dans le Manifeste pour le développement agile de logiciel les rendent compatibles avec ce dernier.

Quoi de plus logique pour Scrum, par exemple, puisque les auteurs du Guide Scrum, Ken Schwaber et Jeff Sutherland, font partie des contributeurs et premiers signataires du manifeste ? Mais cela n’en établit pas pour autant la pertinence pour toutes les situations, et il revient à tout un chacun d’appréhender méticuleusement ces derniers s’il souhaite promouvoir l’Agilité dans son entreprise.

Ceci établi, on comprend bien que l’agilité n’équivaut ni au Manifeste pour le développement agile de logiciel, ni aux cadres de travail.

Et en dehors du monde de l’informatique ?

L’agilité est une qualité universelle, on ne peut en priver personne. En revanche, le Manifeste pour le développement agile de logiciel concerne bien, comme son nom l’indique, le logiciel ; et les cadres de travail connus sont souvent orientés produit (ex: Scrum) voire produit informatique (ex: eXtreme Programming).

En conclusion

Si vous souhaitez tirer des ponts entre des notions, veillez à bien comprendre la place de chacune d’entre elle, car dans le cas contraire, vous prenez le risque de ne pas d’atteindre vos objectifs.

J’espère que la proposition de ce cadre de référence aura participé à clarifier la vraie nature de l’Agilité, et permettra à ceux qui en ont besoin — moi en tête de lice — de tirer le fil des implications qui en découlent.

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